Cimetière Anonyme


2020

Série en cours, format A5 - Broderie au point de croix sur photographie de tombes du Père Lachaise imprimées sur toile Aïda.

 

J’ai longtemps eu l’envie de travailler avec ces photographies que l’on trouve sur les tombes. Un ami m’avait accusée de profanation lorsque je lui avais parlé de cette idée. A l’image des victimes présentées dans les pages du Nouveau Détective, et en écho à d’autre séries, la question du «flou brodé» s’est imposée à nouveau à moi.
Se pose devant cette série la question non seulement de l’identité, de la provenance des photos mais aussi de leur sacralité. Y a-t-il encore possibilité de commémoration lorsque l’identité de la personne s’efface ?

Le point de croix reste une volonté de rapprocher ces personnes de moi grâce à l’intimité que procure un ouvrage de broderie et en même temps constitue un acte fondamentalement paradoxal puisque je viens recouvrir leur visage. Entre geste de protection, dissimulation et appropriation, ces images de défunts dont les corps reposent à 800 mètres de mon domicile se transforment en fantômes anonymes. Dépossédés de leurs noms, ils deviennent accessibles à mon attention ; ils ne sont plus les morts de personne mais des supports de commémoration personnels. Parfois, je découd mon point de croix, révélant un détail du visage, l’oeil souvent, pour une confrontation encore plus directe avec ces interrogations puisque posée par le défunt lui même.